L'avis de ProDiPresse

 07/03/2019

Dans différentes discussions et dans différents commentaires sur les réseaux sociaux, nous remarquons que certains se plaignent, à juste titre ou pas, de l’excédent de fournitures presse qui nous est imposé par nos distributeurs presse. Dès lors, il est intéressant de rappeler qui est responsable de quoi dans ce domaine et surtout pourquoi.

La presse en général profite d’un système unique de prix de vente public imposé qui est contraire aux règles européennes d’économie et de libre marché.

En effet, dans l’économie libérale sous laquelle nous exerçons notre métier de libraire/presse, la seule règle est que tout commerçant ne peut pas vendre à perte. En simplifiant, et sans rentrer dans les différentes jurisprudences et les exceptions de la vente à perte, vous ne pouvez pas vendre un produit sous votre prix d’achat, mais tout le reste est autorisé (exception faite du tabac pour des raisons de santé publique).

Les éditeurs de presse bénéficient de cette exception, puisque dans le système de distribution ils assurent la totalité du risque financier. En effet, ils mettent sur le marché une quantité de titres et un volume et le reprennent au même prix que ce qu’ils vous l’ont fourni et sans condition restrictive. Dès lors, le choix des titres et surtout de la quantité d’exemplaires fournis est une politique exclusivement réservée aux éditeurs.

Quand un distributeur presse comme AMP a besoin de 10.000 ex. pour servir le marché en fonction des ventes moyennes et des demandes du réseau et que l’éditeur lui en fournit plus, par exemple 15.000 ex., le distributeur augmente tous les services de 50% en moyenne. Si vous en receviez dix, vous allez en recevoir quinze. Si vous receviez un exemplaire, vous risquez d’en recevoir deux puisque l’on ne fournit pas de demi-magazine. La même règle sera appliquée dans l’autre sens si le même éditeur ne fournit que 8.000 ex. au distributeur presse.

Le plus simple serait qu’en cas d’excédent fourni, le distributeur ne serve que la quantité souhaitée par le réseau (dans l’exemple 10.000 ex.) et qu’il garde chez lui l’excédent. Mais là interviennent les contrats qui lient les distributeurs aux éditeurs et surtout la règle citée plus haut, soit que c’est la politique exclusive de l’éditeur et pas du distributeur ou du diffuseur.

Il est clair que certains éditeurs jouent avec cette règle afin de nous imposer des piles d’exemplaires de leurs titres. Et ce, uniquement pour une raison «marketing» qui est de montrer à leurs annonceurs qu’ils sont présents partout et en quantité, ce qui justifie les coûts de la publicité. Ces éditeurs vendent de la publicité par rapport au nombre de tirages annoncés, mais pas des ventes réalisées. D’autres éditeurs croient dur comme fer que leur numéro sur la «décoration tendance» qu’ils vont sortir va faire exploser leurs ventes et que, dès lors, il faut inonder le marché (ce qui fonctionne de temps en temps et évidemment nous fait plaisir). D’autres encore jouent avec notre trésorerie, surtout pour les titres dont la périodicité est supérieure au mois.

Voilà donc la raison pour laquelle vous recevez assez, ou trop, ou pas assez d’exemplaires de certains titres. À ce jeu du trop fourni, les éditeurs prennent un double risque : nous avons la possibilité de retourner les quantités excédentaires par rapport à nos ventes moyennes et au lieu de garder un nombre d’exemplaires correct pour faire la promotion du titre, nous retournons ce qui ne nous sera pas utile.

Malheureusement, au vu du nombre de titres presse, aucune règle ne sera jamais la bonne pour tous et il n’est pas possible d’en créer une pour chaque titre. Si vous avez des griefs sur des quantités mises par des éditeurs belges (Keesing, MG, Sudpresse, Rossel, IPM, Roularta), n’hésitez pas à les contacter pour leur faire part de votre mécontentent.

 

Cet article écrit par Xavier Deville a été publié dans le Prodipresse Magazine n°85 de Janvier/Février 2019

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