Zoom libraire

 12/09/2018

Située entre un chocolatier et un salon de coiffure, la Librairie de la Ville Haute à Châtelet (Province du Hainaut) accueille les clients du lundi au samedi de 6h à 18h. Derrière le comptoir, Marie GILSON et Guy, son époux, se relayent pour servir les habitués et autres visiteurs. Leurs spécialités ? Les cigares, le rhum et les whiskys. Depuis six ans déjà, la Librairie de la Ville Haute propose à ses clients des produits autres que ceux trouvés en grande surface. Et cela fonctionne plutôt bien…

 

Bonjour Marie, depuis quand êtes-vous libraire/presse ?

Marie GILSON : Bonjour, mon mari et moi tenons une librairie/presse depuis 1980. Au début, nous avions un commerce à Gilly, pas très loin d’ici. Je pense pouvoir affirmer que c’était une affaire en or qui tournait plus que bien.

En 2006, nous avons décidé de céder notre librairie/presse à notre fille. Malheureusement, elle a dû la remettre suite à un drame personnel et en deux-trois ans, la personne qui l’avait reprise l’a complètement coulée.

De notre côté, cette même année 2006, nous avons repris cette librairie/presse-ci à Châtelet. Nous avons vu cela comme un challenge, car le point de vente ne tournait plus. Parmi toute la marchandise jadis vendue, il ne restait que les journaux.

Au départ cela n’a pas été facile, mais nous nous y attendions. Il nous a fallu un an et demi pour tout relancer correctement. Aujourd’hui le commerce se porte bien mieux qu’à notre arrivée !

 

Parlez-nous un peu de votre librairie/presse. Que proposez-vous comme produits ?

Marie GILSON : Comme mes collègues, je vends bien entendu de la presse, des produits de la Loterie Nationale, des produits fumeurs ou encore de la confiserie et des boissons.

Nous nous sommes spécialisés dans l’alcool et les cigares de la marque Balmoral. C’est une décision, je dirais même un pari, que nous avons prise il y a six ans. Nous avons commencé en douceur avant de vraiment nous développer. Nous privilégions les alcools que le client ne trouvera pas en grande surface, comme le rhum ou le whisky, même si nous avons quelques références. Nous profitons de différentes occasions pour promotionner nos produits. Par exemple, nous organisons des dégustations pour la fête des pères. Aujourd’hui, je peux affirmer que je n’éprouve aucun regret par rapport au pari que nous avons fait il y a six ans.

Au niveau des autres produits, nous avons de la carterie et de la papeterie. Nous nous ne sommes par contre pas spécialisés dans ce domaine, donc nous avons juste des produits de dépannage.

Sans oublier les articles fumeurs comme les pipes, les articles cadeaux (t-shirts, casquettes, miroirs, etc.) et les objets de collection. Nous avons une grosse clientèle de collectionneurs. Tout marche ici !

 

Parmi tous ces produits, en avez-vous développé spécifiquement suite à la demande des clients ?

Marie GILSON : Directement suite à la demande de clients non. Par contre, il y a certains produits que je vends ou ne vends pas car je sais quel genre de clients cela va m’apporter.

Je vais prendre pour exemple les colis. Je ne suis pas point poste, mais nous servons de point dépôt pour des colis comme La Redoute et nous vendons des timbres. Nous avons fait ce choix car il s’agit de services à la clientèle, mais surtout pour le passage que cela génère dans notre point de vente. La rémunération sur ces produits n’est pas énorme. J’ajouterais même que cela prend beaucoup de place, notamment durant les soldes. Mais à un moment, il faut aussi prendre en compte les clients que cela vous ramène en plus dans votre commerce.

À l’inverse, nous ne proposons pas de paris sportifs, car cela génère un type de clientèle qui traîne dans le magasin. Dans notre ancienne librairie/presse, nous avions des paris sportifs et nous avons eu droit à notre lot de personnes restant vingt-trente minutes dans le point de vente juste pour jouer un ou deux euros sur une borne. Nous ne voulions plus cela dans notre librairie/ presse. De plus, tous les produits ont été casés dans le magasin et je ne saurais pas mettre de borne sans gêner le passage.

 

Il y a d’autres raisons qui vous ont poussé à arrêter de commercialiser un produit ?

Marie GILSON : Bien sûr ! Il y a des produits sur lesquels nous avions une marge intéressante au début. C’est le cas des cartes téléphoniques où on commençait avec 7-8% de rémunération. Et maintenant que leur produit est installé dans les commerces et qu’ils n’ont plus besoin de nous, la marge est descendue en flèche. Ajoutons à cela qu’il faut désormais enregistrer les gens qui viennent acheter une carte téléphonique. Cela représente beaucoup de travail pour une si petite rémunération et une si petite estime de notre métier.

Je pense qu’au bout d’un moment, si un produit ne vous rapporte plus assez ou vous prend de la place alors que vous pourriez y mettre un autre produit qui vous rapporterait plus (que ce soit en termes de passage ou financiers), il est intéressant d’avoir une vraie réflexion.

 

En arrivant chez vous, on peut apercevoir plusieurs commerces fermés dans votre rue. Vous n’avez pas peur de vivre la même chose ?

Marie GILSON : Je ne suis pas inquiète. Notre clientèle est très fidèle et nous avons également récupéré une nouvelle clientèle suite à la fermeture d’autres points de vente dans les alentours. En général, nous avons une grande affluence sur le temps de midi avec les clients qui profitent de leur pause pour venir faire leurs achats.

Nous avons aussi la chance d’avoir un collègue pas trop loin, Philippe ATTAQUE de la Librairie Franco-Belge, qui nous envoie ses clients quand il est en congé. Chaque année, nous doublons notre chiffre d’affaires en juillet-août. C’est vraiment une bonne période pour nous.

Cependant, puisqu’on parle des clients, chaque client a ses limites. On peut toujours un peu pousser, mais il ne faut pas aller trop loin. C’est le cas avec la Loterie Nationale et leurs actions temporaires. On nous pousse à toujours évoluer en pourcentages ou à réaliser des gros chiffres pour les tirages spéciaux, par exemple pour le vendredi 13. Mais, comme le dit le fameux adage, « à essayer d’avoir de trop, on finit par se retrouver avec rien du tout… ».

C’est un peu pareil pour les cagnottes. Nous avions l’habitude d’en faire beaucoup auparavant, nous avons déjà atteint une trentaine de cagnottes sur une année. Mais à un moment, nous avons décidé de ralentir un peu la cadence pour ne pas « dégoûter » les clients.

 

Vous êtes affiliée à Prodipresse, quel est votre avis sur notre organisation professionnelle ?

Marie GILSON : Je dirais que depuis quelque temps, nous voyons que cela bouge chez Prodipresse ! Nous sommes également plus souvent mis au courant des réunions, des changements du métier, etc. Personnellement, j’ai déjà appelé quelques fois le secrétariat de Prodipresse pour un souci et les solutions ont été trouvées assez rapidement.

En plus de cet aspect, je trouve vraiment chouette le fait qu’il y ait de plus en plus souvent des événements régionaux (karting, Festival du Rire, cirque Bouglione, etc.) auxquels on peut voir ses collègues libraires/presse. Ces moments nous permettent de nous détendre tout en rencontrant d’autres personnes du métier. On essaye toujours de ne pas trop parler du travail, car nous sommes là avant tout pour nous détendre, mais bien évidemment on finit toujours par le faire !

 

Avez-vous des projets pour le futur de votre librairie/presse ?

Marie GILSON : Sachant que nous sommes tous les deux pensionnés, mon mari et moi, nous avons dans la tête l’idée de remettre notre commerce dans quelques années. Nous ne savons pas encore quand, car nous aimons beaucoup ce métier. Cela nous permet aussi de voir et de rencontrer des gens.

Il y a encore des choses à faire dans le point de vente pour le développer. Nous avons toute une partie derrière le magasin qui nous sert de réserve, mais que nous pourrions utiliser si nous décidions d’agrandir. Mais actuellement, ce n’est pas à l’ordre du jour.

 

Comment voyez-vous l’avenir du réseau des libraires/presse ?

Marie GILSON : Je suis persuadée qu’il y a toujours un avenir pour les libraires/ presse qui resteront des libraires/presse. Bien sûr, les plus gros commerces qui se sont spécialisés vont également rester.

Au contraire, tous ceux qui ont repris une librairie/presse en pensant que cela allait être une tâche facile et ne le sont pas vraiment vont vivoter avant de s’éteindre. Il est normal de vouloir se diversifier un peu, d’adapter ses produits en fonction des demandes de sa clientèle ou de ses envies, mais à chacun son métier : le boulanger vend son pain, le boucher sa viande, etc.

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