Zoom libraire

 23/11/2018

À force de visiter les librairies/presse du pays, un constat s’impose : chacune est différente des autres. Cette différence, c’est ce qui fait la richesse de nombreux points de vente, dont celui de Bernard Hilbert à Etterbeek. Tout en longueur, il invite ses clients à passer devant les nombreuses fournitures scolaires, les cartes et produits de papeterie avant d’arriver à la caisse. Derrière celle-ci, encore de la papeterie. Bienvenue dans la Librairie de la Détente. Bernard Hilbert, libraire/presse « Librairie de la Détente » à Etterbeek .

 

Bonjour Bernard, racontez-nous comment a commencé votre parcours de libraire/presse.

Bernard Hilbert : Bonjour Colin, mon aventure a commencé dans les années 80. Je sortais alors des études et j’ai pris la décision un peu folle de me lancer avec ma maman. J’ai tout de suite bien accroché.

Dès le départ, nous étions dans ce point de vente-ci à Etterbeek. À la base, la surface était plus petite mais j’ai fait des travaux pour agrandir. Nous avons commencé avec beaucoup de presse, je dirai que nous avions environ 1.500 titres. À côté de cela, je vendais également des articles de papeterie.

Au niveau des chiffres, je faisais un tiers du chiffre d’affaires en papeterie, un tiers en presse et un tiers avec le reste (cigarettes, produits de la Loterie, etc.). Aujourd’hui, je fais 50% de mon chiffre d’affaires en papeterie et carterie, 20% avec la vente des produits de la Loterie Nationale, 20% de presse et un peu moins en 10% en tabac. Cela a donc bien évolué en une vingtaine d’années. Et qui sait comment cela sera dans dix ou vingt ans !

 

Vous proposez donc énormément de produits de papeterie. C’est une envie personnelle ou suite à des demandes de vos clients ?

Bernard Hilbert : Il s’agit d’une envie personnelle. Dès le départ, j’ai fait le choix de vendre ce type d’articles. Après, il est évidemment important de développer des produits par rapport aux demandes des clients, mais aussi et surtout en fonction d’une obligation de résultats. Attention, je ne dis certainement pas qu’il faut tout accepter non plus !

Au début, nous avions beaucoup de papeterie scolaire, puis nous avons également développé des produits de bureau, notamment suite aux demandes de plusieurs clients. J’estime actuellement proposer 3.500 articles de papeterie différents. J’ai profité des transformations du commerce il y a une quinzaine d’années pour refaire tout le mobilier.

Ce n’est pas le seul changement que j’ai opéré au niveau de la papeterie, puisqu’à une époque j’ai eu jusqu’à cinq photocopieurs dans le magasin. J’ai fait le choix de proposer autre chose à la place. Je pense que le plus important c’est de faire des prix et rester concurrentiel, sans pour autant vouloir concurrencer les produits blancs sinon ce n’est plus du tout rentable.

Dans mon commerce, la papeterie n’a jamais été un produit d’appel, mais un produit complémentaire avec la presse et qui vient la renforcer.

 

À l’inverse, il y a des produits que vous ne commercialisez pas…

Bernard Hilbert : En effet, c’est notamment le cas des paris sportifs. Je n’ai rien contre ce genre de produits, mais je n’ai tout simplement pas la place dans la configuration actuelle de mon commerce.

C’est aussi le cas des colis. J’ai travaillé pendant un an avec Kariboo et je n’en garde que des mauvais souvenirs. Premièrement, cela prend beaucoup de place, de l’espace que vous ne pouvez pas utiliser pour d’autres produits. Deuxièmement, les clients n’étaient pas bien informés. J’en avais souvent qui venaient alors que leur colis n’était pas arrivé, ou au contraire qui se montraient trop tard car ils n’avaient pas reçu les bonnes informations. Troisièmement, cela ne me rapportait pas grand-chose.

Mis bout-à-bout, tous ces éléments m’ont incité à ne pas continuer de travailler avec les colis.

 

Est-ce qu’être libraire/presse à Bruxelles c’est différent d’ailleurs ?

Bernard Hilbert : C’est une bonne question. Je dirai, comme mon collègue Marc Barek (Zoom libraire du Prodipresse Mag n°80) qu’il y a surtout une différence entre les points de vente situés à la campagne et ceux dans les villes.

Prenez mon commerce par exemple. J’ai fait le choix d’ouvrir un peu plus tard, car mes principaux clients sont des gens qui viennent travailler en ville. Et c’est pareil en fin de journée, les gens repartent relativement tôt donc après 18h je n’ai plus personne. Bien évidemment, il ne faut pas le faire si on est près d’une gare. Et si votre point de vente n’est pas situé dans une grande ville, la dynamique de vos clients sera complètement différente.

Le fait d’adapter mes horaires par rapport aux passages de mes clients m’a également permis de trouver un équilibre familial. Désormais, je peux voir mes enfants le matin avant de partir au travail et qu’eux aillent à l’école.

 

Vous êtes membre de Prodipresse, pourquoi ce choix ?

Bernard Hilbert : Je trouve qu’une organisation professionnelle comme Prodipresse est très positive pour plusieurs raisons. Tout d’abord, c’est la meilleure façon de pouvoir s’adresser à l’ensemble des libraires/presse quand il y a une information importante à communiquer et inversement quand on doit interpeller un partenaire du réseau ou des fournisseurs, cela nous donne plus de poids si nous sommes plusieurs, en passant par Prodipresse.

Ensuite, un autre point positif, ce sont les différentes actions proposées uniquement aux membres. L’an dernier, l’action « Je réussis » menée avec les éditions Jourdan a fonctionné du tonnerre dans mon point de vente ! Après, il est vrai que j’ai une librairie/ presse un peu atypique.

Et puis il y a les permanences téléphoniques pour nous aider en cas de besoin. Je pense avoir déjà appelé Prodipresse deux-trois fois pour de l’aide. À chaque fois, ils ont répondus présents et ont su m’aider.

Sans oublier le magazine professionnel et ses dossiers qui sont souvent très intéressants d’un point de vue professionnel et technique.

 

Avez-vous des projets dans le futur pour votre commerce ?

Bernard Hilbert : Je n’ai plus de projets personnels dans le futur pour mon commerce. Je dirai que mon plus grand défi de demain sera de tenir le coup. Dans tout commerce, il arrive un moment où on ne sait plus se renouveler, où on a atteint l’objectif qu’on s’était fixé. Dans ma librairie/presse, j’estime avoir atteint ce que je voulais.

Déjà en termes de surface disponible. Je suis contre le mur des voisins donc je pense qu’ils ne seraient pas très heureux de me voir faire des trous dedans ! Mais comme vous l’avez vu, toute la place disponible est prise par des produits, notamment la papeterie et la carterie. Si un jour je décide que je veux vendre de nouveaux produits, je devrais faire des choix.

Il y a quinze ans, c’est l’augmentation de mon chiffre d’affaires de vente de la presse qui m’a permis de financer une partie des transformations. Aujourd’hui, même si j’avais la place pour agrandir, cela ne serait plus possible car la presse ne se vend plus du tout aussi bien qu’à l’époque.

 

Comment voyez-vous l’avenir du réseau ?

Bernard Hilbert : Comme un grand nombre de mes collègues que vous avez rencontrés, je pense qu’on va encore assister à une baisse du nombre de commerces. On ne va pas se mentir : toute distribution physique souffre.

De mon côté, je trouve que des plateformes comme Amazon sont une véritable catastrophe. Et ne parlons même pas des magasins de proximité franchisés de grandes chaînes dont le personnel est corvéable à souhait.

 

Ce Zoom libraire est tiré du Prodipresse Magazine n°83 de Novembre 2018, consultable dans son entièreté au lien suivant: https://prodipresse.be/wp-content/uploads/2018/11/Mag_83_Internet.pdf 

Zoom libraire

 24/10/2018

Il est difficile de passer devant la Librairie Oxygène sans la remarquer. Située dans un immense bâtiment blanc, ses grandes vitrines permettent en un coup d’œil de savoir où l’on arrive : le paradis du livre. Depuis 1999, Guy PIERRARD tient la « Librairie Oxygène » dans cet ancien garage reconverti en commerce. Rencontre avec un libraire/presse amoureux des livres et Président du Luxembourg pour Prodipresse.

 

Bonjour Guy, comment êtes-vous arrivé dans le monde de la presse ?

Guy PIERRARD : Bonjour Colin, j’ai commencé mon activité de libraire/presse fin 1999. J’étais alors dans l’enseignement et un jour j’ai décidé de me lancer. À plusieurs reprises, j’ai essayé de reprendre un commerce, mais cela n’a jamais été jusqu’au bout. Finalement, j’ai créé une librairie/presse de toute pièce dans mon garage que j’avais hérité de mon père.

Je m’étais déjà fait la réflexion qu’il manquait une librairie vendant les livres à Neufchâteau. Il y avait bien quelques commerces qui avaient des bouquins, mais ils se cantonnaient aux livres scolaires et au Top 10 des ventes. J’ai donc fait le choix, dès le début de mon activité, de vendre des livres. D’ailleurs, les quinze premiers jours après que j’aie ouvert, je n’avais que des livres dans mon magasin !

 

Combien de références différentes de livres avez-vous ? Et qu’en est-il des autres produits que vous commercialisez ?

Guy PIERRARD : Actuellement, je dirais que je propose entre 6500 et 7000 livres différents. Parmi ceux-ci, j’ai notamment des ouvrages d’auteurs et éditeurs régionaux, comme Weyrich. C’est évidemment beaucoup plus que la presse pour laquelle j’ai 900 références, dont 500-600 en rayon permanent.

Au niveau des autres produits, je propose bien évidemment ceux de la Loterie Nationale, mais pas depuis le début du magasin puisque j’ai seulement commencé à vendre des billets de Lotto en 2004. Toujours au niveau des paris sportifs, j’ai une borne Ladbrokes.

Sinon du « classique » avec de la confiserie, des boissons, quelques jeux de société, de la papeterie, des vins de caviste, des ouvrages touristiques comme le Guide du Routard, du chocolat d’un chocolatier renommé ou encore des bandes dessinées. Mon point de vente a l’avantage d’être juste en face des arrêts de bus où de nombreux étudiants reprennent les moyens en transport pour rentrer chez eux après les cours donc la confiserie fonctionne plutôt pas mal.

Je complète cette offre de produits avec des petits coups de cœur. Pour l’instant, par exemple, ce sont des petits lutins suédois pour lesquels j’ai l’exclusivité en Belgique.

 

Vous nous avez parlé de la presse et du jeu, mais pas de tabac…

Guy PIERRARD : Je n’ai jamais vendu de tabac dans ma librairie/presse, c’était une volonté depuis le début. Après tout, ma librairie s’appelle Oxygène !

Plus sérieusement, quand je me suis lancé, il y avait déjà sept magasins qui vendaient du tabac ou des cigarettes et je voulais gagner ma place. De plus, il y a eu beaucoup de vols de cigarettes pendant la nuit quand la France a augmenté ses prix. Dix-sept magasins ont été « visités » dans la région dont le mien, mais sans succès pour les voleurs.

 

Revenons un instant sur votre point de vente. Aujourd’hui, il fait 160m², mais vous n’avez pas commencé directement avec autant d’espace ?!

Guy PIERRARD : En effet, au début j’ai débuté dans un commerce de 40m². Comme je le disais, il s’agit d’un ancien garage donc la surface totale du bâtiment était bien assez grande que pour me permettre d’agrandir mon espace de travail.

Le premier agrandissement a eu lieu en 2003-2004 et le second, plus récent, a été effectué en 2016. La seconde fois, j’ai pu bénéficier d’aides de la province suite à une enquête dans la région avec un pack pour la rénovation de quatre commerces du Luxembourg.

Un gros avantage de ma librairie/presse, c’est que comme le bâtiment est un ancien garage, il bénéficie d’un grand parking et la place située en face de mon commerce peut facilement accueillir jusqu’à 80 voitures parquées. C’est un gros plus indéniable pour les clients.

 

 

Quels sont les effets que ces agrandissements ont eus sur votre commerce et votre clientèle ?

Guy PIERRARD : Au début, les clients sont toujours un peu chamboulés, car ils avaient leurs petites habitudes. Mais ils sont également curieux de découvrir ce que vous avez changé.

Depuis le dernier agrandissement, j’ai gagné un certain public, mais j’en ai également perdu un autre. Cela a un peu bougé, mais c’est toujours le cas en fonction des produits que vous proposez ou de l’endroit où vous les mettez dans votre magasin.

Dans mon cas, par exemple, j’ai bougé de place les rayons « bien-être » et « psychologie » en les remettant à l’avant de mon commerce, tandis que les livres des éditions Weyrich prenaient leur place au fond. Eh bien cela a donné des meilleures ventes !

 

Vous êtes présent sur Internet et les réseaux sociaux, pensez-vous que ce soit important, voire obligatoire pour un commerçant d’être présent « en ligne » de nos jours ?

Guy PIERRARD : Tout à fait. Je pense que c’est une belle opportunité pour accroître sa visibilité et aller chercher des clients qu’on n’aurait peut-être pas attirés autrement.

Pour ma part, j’ai un site de la librairie/presse sur lequel je mets systématiquement à jour les dernières nouveautés livres. Sur Facebook, j’ai une page au nom de la librairie/presse sur laquelle je mets en avant un produit différent par jour comme un livre, une revue, etc.

Cela fonctionne plutôt bien puisque j’ai des réservations via ce canal. Si je devais quantifier les retours, je dirais que j’ai minimum trois retours sur sept publications. Au final, cela ne me prend pas beaucoup de temps et c’est réellement utile pour mon commerce.

 

« En tant que libraire/presse, il faut garder un lien avec son corps de métier au maximum. »

 

En plus d’être libraire/presse, vous êtes également membre de Prodipresse et Président du Luxembourg. Pourquoi trouvez-vous important de vous investir dans cette organisation professionnelle ?

Guy PIERRARD : Concernant Prodipresse, mon avis est assez tranché : nous pratiquons un métier dans lequel il nous faut une organisation qui nous rassemble face à tous les gens « en face » (fournisseurs, Gouvernement, AFSCA, etc.). Il faut quelqu’un qui te représente, qui puisse défendre tes intérêts.

Quand tu es tout seul, tu peux t’en sortir, mais cela n’est jamais facile. A contrario, quand on est un gros groupe de libraires/presse, tu vas avoir un impact.

Et puis, on voit aussi l’utilité de nous rassembler au travers le groupe Facebook « Prodipresse Pro » sur lequel on peut se poser des questions et se répondre les uns les autres. Sans oublier les autres outils comme le Prodipresse Magazine, la résolution des requests, etc.

Je suis persuadé que Prodipresse est bénéfique pour tout le monde. D’ailleurs, c’est avec une telle organisation que l’on peut avancer sur le métier et réfléchir plus loin, par exemple en ayant des avantages comme un label qui permettrait de différencier encore un peu plus nos commerces des « fausses » librairies/presse et autres magasins vendant les mêmes produits que nous.

 

Y a-t-il des spécificités propres au métier de libraire/presse dans la province du Luxembourg ?

Guy PIERRARD : Personnellement, je ne ressens pas la concurrence du Grand-Duché du Luxembourg, mais je profite du pouvoir d’achat un peu plus élevé de certains clients. De façon plus globale, nous vivons dans une province qui abrite beaucoup de petits villages sans commerce, c’est malheureusement typique du Luxembourg.

Et cela rejoint d’ailleurs ce que disait mon collègue Pascal PIRON, libraire/presse à Arlon : « Au niveau du Luxembourg, les villages se vident et deviennent des « villages-dortoirs » où les petits magasins ne sont plus utiles, à moins d’ouvrir le soir quand les gens rentrent du travail. Il y a une vraie perte du potentiel de clients. » Je partage totalement son avis sur ce point.

Sinon, ce n’est sûrement pas spécifique au Luxembourg, mais plus à l’endroit où je me situe. Durant les vacances, il y a pas mal de stages dans les environs donc j’ai des clients qui restent une semaine ou qui lisent beaucoup. Cela permet de compenser la perte des clients habituels.

 

Avez-vous des projets futurs pour votre librairie/presse ?

Guy PIERRARD : Concernant l’avenir de ma librairie, je n’ai plus de grand projet. Aujourd’hui, mon commerce fait une taille suffisante pour mes activités. L’essentiel est là. Je veux que mon commerce ait un lien avec les livres et la librairie/presse au niveau des produits. Je ne veux pas faire de la concurrence envers mes clients en commençant à vendre des articles comme des foulards par exemple alors que j’ai plusieurs clientes dont c’est la source principale de revenus.

Je pense qu’en tant que libraire/presse, il faut garder un lien avec son corps de métier au maximum. À chacun son métier.

 

Comment voyez-vous l’avenir du réseau ?

Guy PIERRARD : Comme plusieurs de mes collègues l’ont déjà dit, je pense qu’il va encore y avoir une perte de points de vente pour différentes raisons. De nos jours, il est difficile de reprendre un commerce. Cependant, cela ne veut pas dire que la presse est morte. Loin de là ! Regardez le livre dont on annonçait la mort avec Amazon, les liseuses, etc. Cela a fait du mal, mais le livre est toujours debout. En Belgique, le numérique fonctionne certes pour les journaux et quotidiens, mais pas du tout pour les revues. Le papier est donc bel et bien toujours en vie.

 

Interview réalisée par Colin CHARLIER pour le Zoom libraire du Prodipresse Magazine n°82

Zoom libraire

 12/09/2018

Située entre un chocolatier et un salon de coiffure, la Librairie de la Ville Haute à Châtelet (Province du Hainaut) accueille les clients du lundi au samedi de 6h à 18h. Derrière le comptoir, Marie GILSON et Guy, son époux, se relayent pour servir les habitués et autres visiteurs. Leurs spécialités ? Les cigares, le rhum et les whiskys. Depuis six ans déjà, la Librairie de la Ville Haute propose à ses clients des produits autres que ceux trouvés en grande surface. Et cela fonctionne plutôt bien…

 

Bonjour Marie, depuis quand êtes-vous libraire/presse ?

Marie GILSON : Bonjour, mon mari et moi tenons une librairie/presse depuis 1980. Au début, nous avions un commerce à Gilly, pas très loin d’ici. Je pense pouvoir affirmer que c’était une affaire en or qui tournait plus que bien.

En 2006, nous avons décidé de céder notre librairie/presse à notre fille. Malheureusement, elle a dû la remettre suite à un drame personnel et en deux-trois ans, la personne qui l’avait reprise l’a complètement coulée.

De notre côté, cette même année 2006, nous avons repris cette librairie/presse-ci à Châtelet. Nous avons vu cela comme un challenge, car le point de vente ne tournait plus. Parmi toute la marchandise jadis vendue, il ne restait que les journaux.

Au départ cela n’a pas été facile, mais nous nous y attendions. Il nous a fallu un an et demi pour tout relancer correctement. Aujourd’hui le commerce se porte bien mieux qu’à notre arrivée !

 

Parlez-nous un peu de votre librairie/presse. Que proposez-vous comme produits ?

Marie GILSON : Comme mes collègues, je vends bien entendu de la presse, des produits de la Loterie Nationale, des produits fumeurs ou encore de la confiserie et des boissons.

Nous nous sommes spécialisés dans l’alcool et les cigares de la marque Balmoral. C’est une décision, je dirais même un pari, que nous avons prise il y a six ans. Nous avons commencé en douceur avant de vraiment nous développer. Nous privilégions les alcools que le client ne trouvera pas en grande surface, comme le rhum ou le whisky, même si nous avons quelques références. Nous profitons de différentes occasions pour promotionner nos produits. Par exemple, nous organisons des dégustations pour la fête des pères. Aujourd’hui, je peux affirmer que je n’éprouve aucun regret par rapport au pari que nous avons fait il y a six ans.

Au niveau des autres produits, nous avons de la carterie et de la papeterie. Nous nous ne sommes par contre pas spécialisés dans ce domaine, donc nous avons juste des produits de dépannage.

Sans oublier les articles fumeurs comme les pipes, les articles cadeaux (t-shirts, casquettes, miroirs, etc.) et les objets de collection. Nous avons une grosse clientèle de collectionneurs. Tout marche ici !

 

Parmi tous ces produits, en avez-vous développé spécifiquement suite à la demande des clients ?

Marie GILSON : Directement suite à la demande de clients non. Par contre, il y a certains produits que je vends ou ne vends pas car je sais quel genre de clients cela va m’apporter.

Je vais prendre pour exemple les colis. Je ne suis pas point poste, mais nous servons de point dépôt pour des colis comme La Redoute et nous vendons des timbres. Nous avons fait ce choix car il s’agit de services à la clientèle, mais surtout pour le passage que cela génère dans notre point de vente. La rémunération sur ces produits n’est pas énorme. J’ajouterais même que cela prend beaucoup de place, notamment durant les soldes. Mais à un moment, il faut aussi prendre en compte les clients que cela vous ramène en plus dans votre commerce.

À l’inverse, nous ne proposons pas de paris sportifs, car cela génère un type de clientèle qui traîne dans le magasin. Dans notre ancienne librairie/presse, nous avions des paris sportifs et nous avons eu droit à notre lot de personnes restant vingt-trente minutes dans le point de vente juste pour jouer un ou deux euros sur une borne. Nous ne voulions plus cela dans notre librairie/ presse. De plus, tous les produits ont été casés dans le magasin et je ne saurais pas mettre de borne sans gêner le passage.

 

Il y a d’autres raisons qui vous ont poussé à arrêter de commercialiser un produit ?

Marie GILSON : Bien sûr ! Il y a des produits sur lesquels nous avions une marge intéressante au début. C’est le cas des cartes téléphoniques où on commençait avec 7-8% de rémunération. Et maintenant que leur produit est installé dans les commerces et qu’ils n’ont plus besoin de nous, la marge est descendue en flèche. Ajoutons à cela qu’il faut désormais enregistrer les gens qui viennent acheter une carte téléphonique. Cela représente beaucoup de travail pour une si petite rémunération et une si petite estime de notre métier.

Je pense qu’au bout d’un moment, si un produit ne vous rapporte plus assez ou vous prend de la place alors que vous pourriez y mettre un autre produit qui vous rapporterait plus (que ce soit en termes de passage ou financiers), il est intéressant d’avoir une vraie réflexion.

 

En arrivant chez vous, on peut apercevoir plusieurs commerces fermés dans votre rue. Vous n’avez pas peur de vivre la même chose ?

Marie GILSON : Je ne suis pas inquiète. Notre clientèle est très fidèle et nous avons également récupéré une nouvelle clientèle suite à la fermeture d’autres points de vente dans les alentours. En général, nous avons une grande affluence sur le temps de midi avec les clients qui profitent de leur pause pour venir faire leurs achats.

Nous avons aussi la chance d’avoir un collègue pas trop loin, Philippe ATTAQUE de la Librairie Franco-Belge, qui nous envoie ses clients quand il est en congé. Chaque année, nous doublons notre chiffre d’affaires en juillet-août. C’est vraiment une bonne période pour nous.

Cependant, puisqu’on parle des clients, chaque client a ses limites. On peut toujours un peu pousser, mais il ne faut pas aller trop loin. C’est le cas avec la Loterie Nationale et leurs actions temporaires. On nous pousse à toujours évoluer en pourcentages ou à réaliser des gros chiffres pour les tirages spéciaux, par exemple pour le vendredi 13. Mais, comme le dit le fameux adage, « à essayer d’avoir de trop, on finit par se retrouver avec rien du tout… ».

C’est un peu pareil pour les cagnottes. Nous avions l’habitude d’en faire beaucoup auparavant, nous avons déjà atteint une trentaine de cagnottes sur une année. Mais à un moment, nous avons décidé de ralentir un peu la cadence pour ne pas « dégoûter » les clients.

 

Vous êtes affiliée à Prodipresse, quel est votre avis sur notre organisation professionnelle ?

Marie GILSON : Je dirais que depuis quelque temps, nous voyons que cela bouge chez Prodipresse ! Nous sommes également plus souvent mis au courant des réunions, des changements du métier, etc. Personnellement, j’ai déjà appelé quelques fois le secrétariat de Prodipresse pour un souci et les solutions ont été trouvées assez rapidement.

En plus de cet aspect, je trouve vraiment chouette le fait qu’il y ait de plus en plus souvent des événements régionaux (karting, Festival du Rire, cirque Bouglione, etc.) auxquels on peut voir ses collègues libraires/presse. Ces moments nous permettent de nous détendre tout en rencontrant d’autres personnes du métier. On essaye toujours de ne pas trop parler du travail, car nous sommes là avant tout pour nous détendre, mais bien évidemment on finit toujours par le faire !

 

Avez-vous des projets pour le futur de votre librairie/presse ?

Marie GILSON : Sachant que nous sommes tous les deux pensionnés, mon mari et moi, nous avons dans la tête l’idée de remettre notre commerce dans quelques années. Nous ne savons pas encore quand, car nous aimons beaucoup ce métier. Cela nous permet aussi de voir et de rencontrer des gens.

Il y a encore des choses à faire dans le point de vente pour le développer. Nous avons toute une partie derrière le magasin qui nous sert de réserve, mais que nous pourrions utiliser si nous décidions d’agrandir. Mais actuellement, ce n’est pas à l’ordre du jour.

 

Comment voyez-vous l’avenir du réseau des libraires/presse ?

Marie GILSON : Je suis persuadée qu’il y a toujours un avenir pour les libraires/ presse qui resteront des libraires/presse. Bien sûr, les plus gros commerces qui se sont spécialisés vont également rester.

Au contraire, tous ceux qui ont repris une librairie/presse en pensant que cela allait être une tâche facile et ne le sont pas vraiment vont vivoter avant de s’éteindre. Il est normal de vouloir se diversifier un peu, d’adapter ses produits en fonction des demandes de sa clientèle ou de ses envies, mais à chacun son métier : le boulanger vend son pain, le boucher sa viande, etc.

Zoom libraire

 15/08/2018

Les derniers enfants ont rejoint leur classe et Marc BAREK peut un peu souffler : être situé à proximité de quatre écoles ce n’est pas de tout repos. Pourtant, ce libraire/presse bruxellois préfère tirer le positif de chaque situation. D’ailleurs dans son magasin il ne travaille pas, il s’amuse ! C’est virevoltant d’un client à l’autre, tantôt en français, parfois en néerlandais ou encore en arabe, qu’il tient sa librairie/presse depuis dix-sept ans. Et ce, toujours dans la bonne humeur et la zen attitude.

 

Bonjour Marc, comment êtes-vous devenu libraire/presse ?

Marc BAREK : Bonjour Colin, à la base j’étais complètement parti dans autre chose puisque j’ai fait des études de technicien. Puis, en sortant des études, j’ai commencé à restaurer des meubles anciens. Cela me plaisait énormément, mais après vingt-quatre ans, j’ai eu envie d’autre chose. J’ai alors décidé de reprendre une librairie/presse en 2001. Je voyais cela un peu comme un challenge.

Bien sûr, j’ai commencé par suivre des cours de gestion pendant un an et durant les trois premières années, je n’ai pas touché le moindre salaire. Les débuts étaient difficiles donc j’ai préféré tout réinvestir dans le magasin.

 

Parlons un peu de votre librairie/presse : on sent qu’elle a un esprit bien à elle.

Marc BAREK : Tout à fait, j’irai même plus loin en affirmant que c’est une vieille librairie/presse qui a une âme.  Quand vous entrez pour la première fois, vous êtes tout de suite frappé par l’odeur de bonbons qu’il y flotte !

C’est une librairie/presse de quartier et pas de centre-ville et j’ai voulu garder cet aspect. Bien sûr, j’ai effectué quelques petites transformations.

Par exemple, j’ai tout repeint dans des tons plus clairs. Et ce, tout en travaillant.

 

Vous parliez des bonbons, avez-vous développé certains produits en fonction de votre clientèle ?

Marc BAREK : Bien sûr ! L’ancienne propriétaire vendait surtout beaucoup de magazines, mais aujourd’hui, avec la perte de la presse j’ai adapté les produits que je vends. Je propose toujours des journaux et magazines avant tout pour dépanner les clients. Mais soyons honnêtes, je gagne plus sur les cigarettes et les bonbons.

J’ai donc décidé de développer mon offre de bonbons, car je me trouve à proximité de quatre écoles et il y a des arrêts de bus sur le même trottoir que moi. Les enfants passent donc très souvent dans mon magasin. C’est également pour cela que vous voyez que je propose beaucoup de jouets pour les enfants : des ballons, des pistolets à eau, etc. Ce que j’organise également, c’est des échanges de vignettes Panini durant l’année avec eux. Sincèrement, je pense que sans les enfants, ma boutique serait fermée. Et puis avec eux tu sais à quoi t’en tenir : s’ils n’aiment pas quelque chose, ils vont te le dire directement. Il faut garder son âme d’enfant !

 

Que proposez-vous d’autre comme produits ?

Marc BAREK : Au niveau des autres produits, je vends pas mal de cigarettes. La technique, c’est de voir qui t’offre les meilleures marges et de ne pas hésiter à séparer tes achats. Moi par exemple, j’achète mon tabac à un endroit et mes cigarettes chez un autre. Après, comme je suis Bruxelles, tu peux toujours en trouver des cigarettes pas chères, mais je préfère ne pas m’y risquer, car il faut toujours se méfier des gens qui viennent te trouver en te disant qu’il leur reste dix fardes à bon prix que tu vas revendre facilement.

J’ai également les colis via Kariboo. On m’a proposé d’être Point poste, mais quand je vois les soucis que j’ai eus avec d’autres opérateurs de colis je préfère ne pas m’y risquer. De plus, je trouve que cela n’est pas rentable par rapport à la place que je devrais allouer aux colis dans mon magasin.

J’ai bien évidemment les produits de la Loterie Nationale. Cela fonctionne pas mal, mais ce qui nous tue avec la Loterie, c’est le nombre de points de vente. Rien qu’ici sur la chaussée il y a dix magasins qui vendent des produits de la Loterie Nationale. C’est difficile de toujours augmenter ses ventes.

Au niveau des bornes de paris sportifs, je trouve que c’est un amène misère. Des gens viennent parfois y blanchir de l’argent. J’ai une seule borne, mais ce sont surtout des habitués qui jouent dessus. Tenez l’agence Ladbrokes juste à côté, ils se sont fait braquer plusieurs fois et il y a déjà eu des bagarres. Je ne veux pas de ça chez moi. On m’a proposé d’ouvrir une salle de jeux dans ma librairie/presse, mais je ne pense pas que cela soit une bonne idée.

Enfin, je propose aussi un service de photocopies. J’ai l’avantage qu’il n’y en a plus dans le quartier, mais c’est plus du dépannage qu’autre chose. Je ne gagne pas beaucoup dessus.

 

Revenons un instant sur les clients, on sent qu’ils sont très importants pour vous !

Marc BAREK : Je connais peu de libraires/presse qui vous diront le contraire. Ma philosophie c’est d’être positif au maximum. Les clients me boostent véritablement. D’ailleurs, je dis souvent que je ne travaille pas, mais que je suis chez moi. La preuve, c’est que derrière mon comptoir, j’ai une salle avec ma table, ma cuisine, ma télé, etc. !

Et puis il y a tout un jeu avec le client. Déjà, ma porte est toujours ouverte. Cela aide les gens à entrer et je peux aussi les apostropher si j’en vois que je connais qui passent devant ma librairie/presse. Une fois que le client est à l’intérieur, c’est à toi de jouer ! Il vient pour jouer au Lotto ? Vends-lui autre chose en même temps.

J’estime avoir un très bon contact avec les clients. Je m’amuse même avec eux ! Le plus important, même si tu as des soucis, c’est de ne pas les faire rejaillir sur les clients. Ils ne sont pas là pour entendre tes problèmes et mon but c’est qu’ils ressortent toujours de ma librairie/presse avec le sourire.

 

Est-ce qu’être libraire/presse à Bruxelles c’est différent d’ailleurs ?

Marc BAREK : C’est difficile à dire. J’imagine qu’il doit y avoir quelques différences, notamment de clientèles selon la ville et la province dans laquelle vous vous trouvez. Personnellement, je trouve qu’il y a surtout une différence entre les librairies/presse de centre-ville et celles de quartier. Comme je l’ai dit au début, ici c’est une librairie/presse de quartier. Il y a un véritable effet de petit village et une ambiance de quartier. Tout le monde se connaît, tout se sait très vite. Et puis j’ai aussi la chance d’avoir mon chien qui aide à se sentir en sécurité quand on en a vraiment besoin.

 

Quels sont vos projets pour le futur de votre librairie/presse ?

Marc BAREK : Projet, c’est un grand mot ! J’ai déjà soixante ans donc je n’en ai pas de grand en chantier. Idéalement, je pense que j’aimerai vendre plus de jouets, d’articles cadeaux et de nourriture-snacks, car c’est ce qui marcherait le mieux avec ma clientèle d’enfants et de jeunes. Ils passent le matin avant les cours, sur le temps et midi et aussi en fin de journée avant de reprendre le bus ou de rentrer chez eux.

J’ai également la possibilité d’ouvrir mon magasin derrière le comptoir pour agrandir la surface de vente.

Et pourquoi ne pas mettre des tables à l’extérieur pour l’été et y vendre des crêpes, des petits gâteaux, etc.

 

Vous êtes membre de Prodipresse, que pensez-vous de cette organisation professionnelle ?

Marc BAREK : Je suis membre depuis longtemps chez Prodipresse. J’ai même été assez impliqué au sein de l’organisation à un moment, mais j’avais l’impression que rien n’aboutissait. À l’époque, j’allais « démarcher » des collègues libraires/presse, mais j’ai surtout rencontré des gens assez fermés.

Ils voyaient un peu Prodipresse comme un phare : tu savais que Prodipresse était là, mais tu avais l’impression qu’il n’y avait aucun recours.

Aujourd’hui, cela a changé avec l’engagement de l’équipe des permanents. Prodipresse s’implique plus ou en tout cas obtient plus de résultats et surtout communique dessus. Je trouve que c’est une très bonne chose et j’espère que cela va continuer pendant longtemps !

 

Comment voyez-vous l’avenir du métier de libraire/presse ?

Marc BAREK : Je ne suis pas négatif, mais je pense qu’il faudrait se spécialiser dans le choix de la presse. Aujourd’hui, les gens lisent l’actualité sur leur téléphone ou en diagonale. Le mieux serait de se lancer dans les livres et les magazines spécialisés (comme ceux sur le golf par exemple), mais il faut évidemment connaître son sujet.

Pour moi, les magazines people ne servent plus à rien, on peut tout trouver sur internet. C’est pareil pour la cuisine et le jardinage. La presse en elle-même est en train de mourir. De façon générale, j’ajouterai également que les gens sont un peu timides. C’est vite chacun chez soi. Il faudrait plus d’échanges.

 

Avez-vous une petite anecdote pour terminer ?

Marc BAREK : Comme tous mes collègues libraires/presse, je pourrais vous en raconter un sacré nombre ! Mais comme vous m’en demandez une seule, je vais choisir la fois où un polar se déroulant à Bruxelles est paru.

J’en avais vendu une vingtaine de livres « La Main » et un jour, un client est entré dans ma librairie/presse et qui travaillait dans le monde des médias. Je lui ai demandé pourquoi il n’en faisait pas une série. Et bien, il a contacté la RTBF avec avec les deux auteurs du livre et il va être adapté en série télévisée !

Zoom libraire

 14/06/2018

Pour ce Zoom libraire, Prodipresse a décidé de pousser la porte de la Librairie des Faubourgs, située à au centre d’Arlon dans la province du Luxembourg. Derrière une façade d’apparence plutôt classique se trouve un point de vente tout en longueur. Sur la gauche, un long comptoir accompagne presque les clients jusqu’au fond de la librairie/presse. Sur le côté droit, un linéaire presse qui coure tout le long du mur. Bienvenue dans le plus gros point de vente Lotto de toute la Belgique !

 

Bonjour Pascal, pouvez-vous présenter et expliquer votre parcours de libraire/presse ?

Pascal PIRON : Bonjour Colin, la librairie/presse chez nous c’est une affaire de famille ! Au départ, c’est mon papa, alors grossiste en tabac, qui a décidé d’ouvrir cette librairie/ presse en 1976. J’ai tout naturellement commencé à l’aider avant de reprendre sa succession il y a trente-cinq ans.

Au début je travaillais seul, mais au bout d’un moment, vous avez besoin d’aide sinon votre santé vous lâche. Actuellement, nous sommes deux à temps plein et nous avons un étudiant qui vient nous donner un coup de main le samedi. Mon fils vient également m’aider de temps en temps. Je pense que c’est un gros avantage de travailler en famille.

 

Dès votre vitrine, on aperçoit des articles de Carnaval (masques, confettis, déguisements). Avez-vous développé des produits spécifiques en fonction de votre clientèle ?

Pascal PIRON : Cela fait quelques années que j’ai décidé d’adapter les produits que je propose par rapport aux différentes saisons et aux fêtes, notamment celles de fin d’année. D’ailleurs, à cette période, nous vendons désormais des feux d’artifice.

Au Carnaval, comme vous l’avez vu, nous avons aussi des masques et des déguisements. Cette année, nous allons proposer un assortiment de produits liés à la Coupe du Monde (écharpes, drapeaux, etc.). Lors du dernier Euro de football, nous avions installé une table devant la librairie/presse avec des produits estampillés Diables Rouges et cela marchait plutôt bien. Cependant, de façon générale, le souci avec ces produits c’est qu’il s’agit de revenus faciles donc tout le monde s’y met et vous perdez votre « exclusivité ». Cela explique pourquoi je prends désormais moins de ces produits. Et puis il y a aussi le problème de la disparition des petits fournisseurs chez qui vous pouviez avoir des prix et vous réapprovisionner plus facilement.

Concernant les paris sportifs, j’ai fait le choix de mettre en concurrence plusieurs opérateurs. Cela m’amène une clientèle différente de celle des agences, donc ces clients ne vont pas rester trois heures devant l’écran. C’est un produit qui fonctionne bien en termes de revenus et de clients, mais ce n’était pas facile à démarrer. J’ai fait le choix de mettre des écrans d’ordinateur et pas des bornes de paris sportifs, car je trouve que le contact client et le conseil sont plus faciles sous cette forme-là.

Par rapport aux autres services proposés, nous avons un grand nombre de titres de presse, ce qui nous permet d’avoir des revues spécifiques. Nous faisons aussi un peu de réservations et de commandes. Nous avons une boîte aux lettres TBC Post, mais nous ne sommes pas satisfaits du système des recommandés chez eux. En plus de cela, nous sommes point UPS, Mondial Relay et Kariboo.

Au niveau des livres, nous avons juste les best-sellers que nous mettons au comptoir et qui partent assez vite et nous travaillons avec des éditeurs locaux comme Weyrich.

 

Vous êtes actuellement le plus gros point de vente Lotto de toute la Belgique. Comment en arrive-t-on là ?

Pascal PIRON : Je crois que notre gros point fort c’est notre régularité. Au début, j’organisais de temps en temps des cagnottes pour les tirages de la Loterie. Maintenant, c’est quasiment tout le temps. Les clients m’appellent même pour me demander quand aura lieu la prochaine cagnotte ! Mais j’aimerais ne pas trop en faire. Je veux garder des gens qui ont le plaisir de venir chez moi.

Ce qui m’a aussi boosté, c’est le fait d’avoir eu deux gros gagnants (ndlr : plus d’un million d’euros) en dix ans. Et puis, je me trouve aussi dans une région où les clients ont un pouvoir d’achat plus élevé qu’ailleurs.

 

Vous avez pourtant d’autres librairies/presse pas très loin de chez vous. Et le Club d’Arlon vend des produits de la Loterie Nationale. Cela ne vous fait pas de tort ?

Pascal PIRON : Non, car je pense que chacun a sa clientèle habituelle. Concernant cette ouverture de nouveaux points Lotto, j’ai un avis assez tranché. Dans notre région du Luxembourg, il n’est pas rare d’avoir des villages où le/la libraire/presse a mis la clé sous la porte et où il n’y a plus de possibilité d’acheter un billet de Loterie à moins de prendre sa voiture et de faire quelques kilomètres pour aller à la ville la plus proche.

Il m’est arrivé de voir des gens entrer dans ma librairie/presse et me dire que l’indépendant de leur village a fermé et qu’ils songent à s’abonner au Lotto via internet pour ne pas devoir faire des longs trajets à chaque fois qu’ils veulent jouer.

Dans ces cas-là, je comprends que la Loterie rouvre un nouveau point Lotto en dehors d’une librairie/ presse. Cependant, je ne suis pas pour l’installation d’un point Lotto dans une zone où il en existe déjà un ou deux. Cette solution ne me semble pas utile. D’ailleurs, j’ai peur de l’utilisation que la Loterie fait d’internet.

 

Vous craignez le numérique de façon générale ?

Pascal PIRON : Sincèrement, oui. Aujourd’hui, on ne nous attend plus ! Si tu n’es pas là, si tu n’ouvres pas à l’heure ou que tu n’as pas les journaux, les clients vont sur leur smartphone voir l’actualité et tu rates le coche.

J’ai quand même créé une page Facebook pour ma librairie/presse au bout de quelques années, notamment sur les conseils de mon représentant de la Loterie Nationale. Il m’a conseillé de partager les gros gains obtenus dans mon commerce.

Nous alimentons aussi notre page avec les paris sportifs. Cependant, je trouve dur, voire impossible, de quantifier le réel impact des réseaux sociaux. Nous avons un peu plus de 2.000 likes sur notre page, mais quand nous publions nous avons une dizaine de personnes qui like ou partagent la publication. Et en librairie/presse, il n’y a pas forcément plus de passage.

 

En tant que libraire/presse, vous êtes affilié à Prodipresse. Pour vous, est-ce important d’être membre d’une organisation professionnelle ?

Pascal PIRON : C’est même très important ! Parmi les gros avantages, je retiens surtout les documents mis à la disposition des membres, comme les Fiches Techniques par exemple. Prodipresse remplit un rôle très important, car en tant que libraires/ presse, nous n’avons pas le temps de tout faire et Prodipresse nous aiguille. L’organisation peut également fournir un suivi juridique quand il y a des problèmes. C’est un vrai plus.

Bien sûr, il y a toujours des choses sur lesquelles on aimerait avancer. Par exemple, je rêve d’une solution pour les encyclopédies qui permettrait d’échanger entre collègues des numéros qu’un(e) de vos client(e)s vous a demandé parce qu’il lui manque. Donc si jamais vous trouvez une solution un jour, je suis preneur !

 

Avez-vous des projets futurs pour votre librairie/presse ?

Pascal PIRON : J’en ai au niveau de l’aménagement de mon point de vente. À l’entrée de mon magasin, j’aimerais enlever les nombreuses armoires que j’ai et aménager le coin confiserie et boissons en quelque chose de plus cocooning. Au fond de ma librairie/presse, il y a le coin jeu que je souhaiterais également améliorer pour bénéficier de plus de place et avoir un endroit mieux défini.

De façon générale, j’aimerais me créer une demande de produits spécifiques (produits bio, chocolat, etc.) mais cela demande un gros travail de vente et de conseil. Je ne veux pas me lancer dans l’inconnu.

 

Comment voyez-vous l’avenir du réseau dans le Luxembourg et de façon générale ?

Pascal PIRON : Au niveau du Luxembourg, les villages se vident et deviennent des « villages-dortoirs » où les petits magasins ne sont plus utiles, à moins d’ouvrir le soir quand les gens rentrent du travail. Il y a une vraie perte du potentiel de clients. La solution serait peut-être de décaler ses horaires d’une heure, car nous sommes en décalage par rapport à la vie du monde moderne. Je ne suis cependant pas encore prêt à le faire.

De façon générale, l’avenir qui nous attend est bizarre, mais je reste optimiste, car le nombre de librairies/presse se stabilise. Il y a eu un gros boom à un moment, les gens levaient leur volet en pensant que cela allait être facile. Ce sont ces libraires-là qui ont fermé boutique, car ils n’ont pas compris que quand vous devenez libraire/presse, vous prenez les bons comme les mauvais côtés. C’est un peu une vocation. Actuellement, on revient à une situation plus normale en termes de nombre.

Une solution est de se diversifier, mais plus on le fait et plus on perd nos origines. L’idéal est de trouver le bon créneau, son créneau, qui va rapporter et de travailler des produits que l’on aime. Sans oublier le contact avec les gens qui nous sauve aujourd’hui et dans le futur. Personnellement, je m’amuse encore énormément dans ce métier !

Zoom libraire

 14/06/2018

La façade de la Librairie Atmosphère s’étend sur pratiquement dix mètres. Sa grande vitrine donne l’occasion aux passants d’avoir une bonne vue sur la grande diversité des produits proposés et sur la profondeur du point de vente. Une fois passé la porte, un véritable univers s’ouvre à vous : sur votre droite de la carterie et une pièce uniquement dédiée à la papeterie ; sur votre gauche des présentoirs de bics, stylos, marqueurs et autres fluos ; en face de vous des rayonnages de presse et de livres à n’en plus finir… sans oublier la pièce du fond remplie de bandes dessinées. Bienvenue chez Christian LEVRIE, Président de la région de Namur pour Prodipresse et libraire/presse depuis presque vingt ans dans la région.

 

Bonjour Christian, quand avez-vous commencé votre parcours de libraire/presse ?

Christian LEVRIE : Bonjour Colin, j’ai commencé comme libraire/presse il y a presque dix-sept ans. J’ai commencé par tenir un magasin à Gilly pendant deux ans et demi. Je vivais alors à Tamines et je savais qu’il y avait une librairie/presse tenue par deux sœurs qui fermait systématiquement quand elles partaient toutes les deux en vacances. Je trouvais cela dommage, car elles perdaient une partie de leur clientèle à ce moment-là. J’ai fi ni par reprendre ce point de vente étant donné qu’il avait un beau potentiel. J’y suis resté neuf ans, avant d’acheter ce bâtiment-ci dans lequel j’ai ma librairie/presse actuellement. Le 1er avril, cela a fait quatre ans que je suis ici.

Je tiens la librairie/presse avec ma femme, Patricia, et notre fils vient nous donner des coups de main assez souvent.

 

Quand on entre dans votre librairie/presse, on est frappé par sa taille (environ 250 m²), on imagine que cela a dû jouer dans votre décision d’acheter le bâtiment ?

Christian LEVRIE : Dire le contraire serait mentir. C’est agréable de pouvoir bénéficier d’autant d’espace pour développer ses gammes de produits. En plus du rez-de-chaussée, nous bénéficions aussi d’un étage lui aussi d’une belle superficie. Le tout est de trouver comment l’occuper !

En revanche, mon point de vente a un gros problème : le manque de possibilités de stationnement. Au départ, quand j’ai acheté le commerce, le Bourgmestre avait donné son accord pour se garer devant, mais maintenant mes clients ont des amendes quand ils le font. Et évidemment, personne à la commune ne répond quand nous les interpellons pour le stationnement temporaire…

 

Vous parliez de vos produits, quels sont ceux que vous proposez ? Avez-vous développé des produits spécifiques en fonction de votre clientèle ?

Christian LEVRIE : La grande taille de mon point de vente me permet en effet de proposer pas mal de produits différents. Outre la presse, le tabac et le jeu, nous avons un grand espace alloué à la papeterie. Nous avons beaucoup travaillé ce produit donc nous avons une gamme assez fournie : classeurs, fardes, cahiers, blocs de feuilles, bics, marqueurs, stylos, etc. Bon, nous nous limitons quand même en papeterie aujourd’hui à cause de la concurrence. Nous avons aussi fait le choix de ne plus vendre de produits « licences », car cela ne rapporte pas beaucoup et il nous en reste toujours sur les bras. Nous avons également une grande offre en livres et en bandes dessinées. Nous travaillons avec plusieurs écoles, dont le Collège Saint-André situé plus loin, en livres scolaires et livres de lecture.

Cela nous permet d’avoir pas mal de livres différents dans nos rayons. Parmi les autres produits, nous avons aussi des Guides du Routard et des cartes Michelin. Nous sommes point poste et recevons les colis UPS. D’ailleurs le point poste permet de drainer pas mal de passage dans le point de vente.

Au niveau des paris sportifs, nous mettons deux bornes à la disposition de nos clients. Je dois bien avouer que nous n’avons pas de gros parieurs et que la clientèle n’est pas toujours terrible, mais nous avons certains habitués.

Il y a aussi le tabac évidemment ! Avant de déménager dans ce point de vente, nous en vendions beaucoup plus, car nous étions sur le chemin de la gare. Quand nous avons changé d’endroit, nous avons diminué en cigarettes. De façon générale, je dirai que la clientèle a un peu changé avec le changement de lieu.

Terminons avec l’alcool fort. Nous nous sommes lancés dans la vente de ce produit en janvier 2017. Il y avait un commerce plus bas dans la rue qui en vendait et lorsqu’il a fermé, nous avons été mis en contact avec le fournisseur pour récupérer la marchandise.

Ce sont surtout des produits qui ne sont pas présents dans les grandes surfaces (rhum et whisky principalement). Quant à la deuxième partie de la question, les produits que nous vendons n’ont pas été demandés spécialement par la clientèle. Il s’agit principalement d’envies personnelles.

 

Vous êtes affilié à Prodipresse, mais également président de la Province de Namur. Que pensez-vous de cette organisation ?

Christian LEVRIE : Mon avis ne sera pas totalement objectif ! Cela fait longtemps que je suis impliqué chez Prodipresse. D’abord comme membre du bureau, puis comme président régional. Je ne vais donc pas vous surprendre en vous disant que pour moi, une organisation professionnelle comme Prodipresse, qui défend le secteur et le représente est très importante.

Dans la rubrique Vue des régions du dernier magazine, je parlais du prix unique du livre et de tout le travail qu’il y avait eu derrière ce projet qui a duré plus de trente ans. Je pense que Prodipresse joue un grand rôle à long terme dans bon nombre de projets importants qui touchent le réseau des libraires/presse. À court terme, cela peut être frustrant pour certains qui ont l’impression que les choses n’avancent pas, mais en coulisses, la machine Prodipresse ne s’arrête jamais tant que ces projets n’ont pas aboutis. Et pour cela, je tire mon chapeau à l’équipe !

En tant que président de la Province de Namur, je relaie les problèmes constatés sur le terrain ainsi que les retours positifs des collègues namurois lors de chaque Conseil d’administration avec les autres présidents de Prodipresse. Ce rôle de relais est également très important pour continuer d’avancer en ayant conscience de la réalité de terrain.

 

Comment décririez-vous la situation du réseau des libraires/presse dans la Province de Namur ?

Christian LEVRIE : Ce qui me frappe surtout, notamment dans mon coin, c’est le nombre de magasins types « Sun Set » et « Night & Day ». Concrètement, dès qu’un ouvre quelque part, le second le fait aussi pour le concurrencer.

Comme si cela ne suffisait pas d’avoir un « concurrent » direct près de votre librairie. C’est mon cas avec un point de vente « Sun Set » plus bas dans ma rue et un « Night & Day » un peu plus haut.

Sinon, je dirais que comme partout ailleurs, la situation de chaque point de vente dépend des autres commerces similaires dans la région. Chez moi, par exemple, ma vente de produits de la Loterie nationale a augmenté à la suite de la fermeture de trois points de vente dans les environs. Cependant, j’ai perdu en presse, notamment sur le Ciné Télé Revue, quand le magasin Champion l’a eu. Maintenant, le petit Carrefour du coin l’a aussi donc je pense que je vais encore perdre un peu en volume. Malheureusement, c’est le cas pour les libraires/presse un peu partout.

 

Avez-vous des projets futurs pour votre librairie/presse ?

Christian LEVRIE : On a toujours des projets ! Reste à voir lesquels seront réalisables et sur quelle durée. Dans l’immédiat, nous aimerions créer des événements pour promotionner l’alcool que nous vendons. J’imaginais par exemple une dégustation d’ici juin, avant la fête des Pères.

J’envisage aussi de vendre des cigares, car c’est une envie que j’ai depuis longtemps. Ma femme a toujours freiné, mais je pense qu’elle est en train de changer d’avis !

Finalement, nous aimerions trouver une bonne idée pour occuper l’étage de la librairie/presse. Pour le moment, c’est un ami qui vend des costumes qui a ses produits disposés à l’étage. Ce qui est plutôt positif, car cela attire du monde tous les jours. De temps en temps, il y a des gens qui achètent aussi des articles chez moi. Quant à la future occupation de l’étage, nous avons un peu réfléchi avec mon épouse et elle pensait à y installer des boutiques éphémères. Le tout serait de savoir comment annoncer efficacement leur présence. Mais tout cela est encore en cours de réflexion…

 

Comment voyez-vous l’avenir du réseau des libraires/presse ?

Christian LEVRIE : Comme beaucoup d’autres de mes collègues, je pense que les petits points de vente vont finir par disparaître. Les libraires/presse qui louent le bâtiment dans lequel se trouve leur commerce risquent aussi d’être coincés au bout d’un moment. Parfois, ils ont un gros loyer et il n’y a pas de possibilité d’extension de leur magasin. Ils sont vite limités.

Dans notre librairie/presse, si nous tenons le coup c’est avant tout parce que nous nous sommes diversifiés. Au bout d’un moment, vous êtes obligés de proposer et de vendre des produits avec plus de marge que la presse voire le tabac. Nous avons également la chance d’avoir une grosse clientèle en papeterie et des écoles dans les environs que nous fournissons en livres.